Sebastiao Salgado - Photographe


J’aimerais vous présenter un photographe que j'apprécie énormément, Sebastiao Salgado, économiste brésilien de formation, spécialisé dans la macro-économie, conseiller du ministre et chargé du plan directeur d’une mégalopole en pleins essor. Je l'ai découvert il y a quelques années en feuilletant les bouquins de mon père, je suis restée scotchée devant l'intensité des visages, des regards, des gestes, la détresse ou justement la confiance qu'il peut y avoir entre une mère et son enfant au milieu de scènes atroces, les contrastes, l'utilisation de la lumière...

La fièvre photographique s’empare de lui lorsque sa femme, Lélia, architecte, achète un appareil photo pour son boulot il y a plus de 40 ans. Né au Brésil, il a été menacé d’emprisonnement et s’est réfugié en France. Autodidacte, il a fait son expérience dans les différentes agences de presses de Paris avant de partir aux quatres coins du monde pour ses projets personnels.

Il travaille toujours en noir et blanc (mélange d’argentique et de numérique) et utilise beaucoup le contre-jour sans vraiment s’en rendre compte. Ayant la peau très claire et vivant dans un pays très chaud, il etait forcé de se protéger à l’ombre. Les gens venant à lui à ce moment sortaient de la lumière, en contre jour.

Ce n’est pas un photographe de portrait ou d’événements, c’est un photographe social comme on aime dire, engagé. Il parcourt les continents pour observer les hommes, leurs différentes manières de vivre, leurs désespoirs comme leurs joies, leurs changements.

Il a suivi le quotidien d’ouvriers dans une mine d’or du Brésil, des tribus entières à travers le monde, il a essayé de comprendre l’impact de l’homme sur la planète, de suivre l’exode de certains peuples pendant la guerre.

La photographie n’est pas une simple représentation, un simple cliché, un bel objet. C’est aussi un témoin de l’histoire, en se plongeant dans les différentes oeuvre de Salgado on peut en apprendre plus sur notre société.

« Ce que les écrivains retracent avec leur plume, je le retraçais avec mes appareils. La photo est pour moi une écriture. C’est une passion, car j’aime la lumière, mais c’est aussi un langage très puissant. »

A force de suivre les malheurs de notre planète, Salgado plonge dans une déprime où l’être humain ne se rachètera jamais, l’Homme est perdu.

Il change donc d’optique et décide de se plonger dans un projet plus naturel. Montrer les merveilles du monde sauvage. Parrallèlement il décide, avec sa femme, de reboiser la propriété familiale.

" Vers le milieu des années 1990, j'ai envisagé d'arrêter la photo. J'avais vu tellement de morts lors de « nettoyages ethniques » dans les Balkans, et en Afrique avec le génocide au Rwanda, que je n'avais plus foi en l'humanité. J'étais convaincu que si l'on dotait chaque homme d'une kalachnikov, l'humanité s'exterminerait jusqu'au dernier individu. Je commençais à mourir dans ma tête. Mon corps était attaqué par les staphylocoques. Quand je faisais l'amour, je n'avais plus de sperme, j'éjaculais du sang. Je pensais que ma prostate était morte. J'ai fait des analyses. Un ami médecin m'a dit : « Sebastião, ta prostate est impec, tu n'es pas malade mais tu vois tellement de morts que ton corps t'amène vers la mort. Arrête de photographier des horreurs. » J'ai arrêté un moment, puis j'ai achevé mon projet Exodes. J'avais des doutes énormes. Pas sur mon travail de photographe, mais sur le sens à donner à ma vie. Je pensais même reprendre l'exploitation agricole de mes parents, que mon père voulait me léguer avec l'accord de mes sept soeurs. Je suis son seul fils, et tous pensaient que la propriété devait ­rester dans la famille. "

Je ne vous en dis pas plus, je préfère vous rediriger vers le magnifique film "Le sel de la Terre" , co-réalisé par le fils de Salgado. Ce film n'explique pas la technique photographique de Salgado mais plutot son histoire, les différentes anecdotes liées aux photographies, à ses expériences durant ses voyages. Pour ceux qui peuvent être freinés par le coté narratif un peu lent du film, passez au dessus parce que vous allez en prendre plein la g*****. Touchant, pleins d'émotions et de sensibilité.

" On a l'impression que ce sont des esclaves, mai il n'y a pas un seul esclave. S'il y en avait de l'esclavage là, c'est de l'envie d'être riche, tout le monde voulait être riche. Et là on trouvait de tout, des intellectuels, des mecs avec un diplôme universitaire, comme on trouvait des employés de ferme, des travailleurs urbain. I...I Parce quand on trouvait des filons d'or, tout le monde qui participait dans ce petit morceau de la mine avait le droit de choisir un sac et dans ce sac que la personne avait choisi... C'est là l'esclavage ! Il pouvait ne rien y avoir comme il pouvait y avoir un kilo d'or. I...I Tout les hommes quand ils commencent à toucher l'or, ils ne reviennent plus..."

Mine d'or de Serra Pelada, Brésil - 1986

" Quand tu fais un portrait c'est pas toi tout seul qui fait la photo. La personne t'offre la photo. "

Gisement de pétrol - Greater Burhan - Kuwait - 1991

Homme Dinka - Sud du Soudan - 2006

"Ces trois enfants, les deux qu'on voit les yeux plus vivants, ils vont rester en vie, celui qui a les yeux déjà un peu morbides, il était en train de mourir..."

Sibérie - Russie - 2011

" Il ne suffit pas d'être àc oté d'un ours et de le photographier de près. Quand le cadre n'est pas bon, tu vas montrer l'ours mais tu n'en feras pas une photo. Ici ç ne va pas... Il n'y a rien en arrière... rien pour composer la photo, pour ajuster le cadre..."

Baleine - Argentine - 2004

© Toutes les photographies reproduites dans cet article (sauf le portrait du photographe) ont été prises par Sebastião Salgado et sont la propriété de Amazonas images

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